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Textes anti-carcéraux contre la prison pour mineurs de Porcheville

La construction de l’Établissement pénitentiaire pour mineurs de Porcheville a fait l’objet d’une opposition menée par différents acteurs : des militants anti-carcéraux, des syndicats, des travailleurs potentiellement amenés à exercer en EPM. Les textes rassemblés ci-dessous reflètent cette diversité d’approches.

Une chronologie liée à la construction de cette prison et aux oppositions qu’elle a suscitée est disponible ici.

Pas de prisons pour mineurs, ni à Porcheville, ni ailleurs

Tract signé pasdepm [at] no-log.org diffusé à Porcheville et en banlieue parisienne fin mars 2007


Ni à Porcheville, ni ailleurs
Pas de prisons pour les mineurs !

Tract signé CNT-RP daté du 25 juin 2007


MANIFESTE POUR MINEURS EN DANGER

La place des enfants n’est pas en prison
Nous ne travaillerons pas en E.P.M. !


Contre l’ouverture de la prison pour mineurs de Porcheville

La loi d’orientation et de programmation de la justice de septembre 2002 (dite loi Perben 1) prévoit la création de 7 EPM (établissements pénitentiaires pour mineurs) de 60 places chacun. Certains quartiers mineurs des maisons d’arrêt doivent fermer, mais la plupart continueront d’enfermer des mineurs alors qu’un des prétexte du gouvernement à la création des EPM était de les séparer des majeurs. Cela a pour conséquence une augmentation du nombre de place en détention pour les mineurs de 13 à 18 ans.

Aujourd’hui, 4 prisons ont déjà ouvert leurs portes à Meyzieu, Lavaur, Quièvrechain et dernièrement à Marseille, et ce que nous avons toujours dénoncé n’a pas tardé à apparaître au grand jour.

Le gouvernement a présenté les EPM comme une nouvelle structure éducative puisque des éducateurs de la protection judiciaire de la jeunesse y interviennent en duo avec un maton. L’exemple de l’EPM de Meyzieu qui a ouvert en juin dernier est révélateur du type d’éducation souhaité : devant le refus de détenus de regagner leur cellule, les éducateurs ont fait intervenir l’équipe régionale d’intervention et de sécurité (ERIS). Ces forces répressives interviennent de manière musclée et sont régulièrement cagoulées.

A l’EPM de Lavaur, certains éducateurs reconnaissent après quelques mois de fonctionnement qu’ils ne sont que des faire valoir éducatif. C’est l’administration pénitentiaire qui a tout pouvoir, les éducateurs en sont réduit à ouvrir et fermer les cellules pour emmener les mineurs en activité
puisque ce sont des personnes extérieures qui interviennent. Le rythme y est militaire et l’objectif est clair : il ne faut pas avoir le temps de penser.

L’introduction de davantage de scolarité, de culture et de sport à l’intérieur d’une prison n’en feront jamais un lieu éducatif. Il s’agit tout simplement de réhabituer les détenus à un rythme qui est celui du salariat, avec la soumission comme principe fondateur. Que ce soit dans les quartiers mineurs ou dans les EPM, l’enfermement ne fera qu’accentuer la récidive et la haine. La punition n’a jamais émancipé les individus. Son seul but est l’instauration de rapports de soumission.

Alors que l’EPM de Porcheville(78) doit ouvrir au début de l’année 2008, nous devons réaffirmer qu’aucune éducation n’est possible en prison. La prison, qui n’est autre qu’un des outils de la justice de classe qui est rendue dans les tribunaux, ne sert qu’à détruire les individus majoritairement issus de la classe laborieuse.

Exigeons la fermeture des quartiers mineurs et des EPM et l’arrêt du programme de construction de ces murs de la mort.

N’enfermons pas la jeunesse, aidons la à s’émanciper !

Rassemblement ANTI EPM

Le mercredi 12 décembre 2007 à partir de 18h devant le siège de l’administration pénitentiaire
(angle de la rue du renard et de la rue de la verrerie – Paris / métro Hôtel de ville)

Premiers signataires : CNT région parisienne – Fédération Anarchiste

Repris du site : https://bellaciao.org/fr/rassemblement-contre-la-prison-pour-mineurs-de-Porcheville-le-12-dec


 EPM : UN MONSTRE CARCERAL

Parmi les 7 Etablissements Pénitentiaires pour mineurs prévus par la loi, 5 ont été ouverts, à grand renfort de communication médiatique et de banalisation de l’incarcération : comme l’ancien Garde des Sceaux se plaisait à le proclamer, les EPM ne seraient que « des salles de classe entourées de murs aux couleurs vives ». Le suicide d’un adolescent à l’EPM de Meyzieux est venu rappeler dramatiquement aux idéologues et apprentis sorciers qu’une prison resterait une prison avec son cortège de violence subie et de loi du silence.

 Malgré cela, les EPM sont présentés par le Ministère de la Justice et la direction de la PJJ comme un modèle destiné à améliorer les conditions de détention. Selon eux, cette amélioration n’était pas possible dans les quartiers mineurs. Pourtant, ils en ont gardé un grand nombre qui servent à trier les jeunes, en orientant les plus difficiles en quartier mineurs et les autres en EPM, au nom d’un choix assumé par la DPJJ d’afficher ces établissements comme des « prisons éducatives ». En fait, il s’agit d’un alibi pour le Ministère de la Justice qui peut faire peu de cas des conditions de détention. 
Ainsi, l’administration pénitentiaire n’hésite pas à prévoir des transferts de jeunes condamnés de la région de Marseille vers la prison de Borgo en Corse, après avoir décrété qu’ils n’avaient pas beaucoup de visites de leur famille. De même, en contradiction avec les décrets sur la détention des mineurs, certaines unités d’EPM, « des unités strictes », sont utilisées dans une logique disciplinaire, à des fins d’isolement des jeunes jugés ingérables en collectif. 
L’écart est immense entre une ambition proclamée et la réalité des faits !

 Depuis le début, le SNPES-PJJ dénonce l’alibi de l’amélioration des conditions de détention et combat les EPM. Le programme d’EPM particulièrement coûteux illustre les priorités d’une politique répressive menée à l’égard des jeunes qui commettent des délits au détriment de structures éducatives. Pour habiller cette politique, un projet absurde et dangereux a été conçu : le binôme éducateur-surveillant, des activités permanentes et obligatoires, une organisation en groupe de jeunes qui se voudrait calquée sur celle des foyers et qui oublie les murs de la prison. Aujourd’hui, cet habillage éducatif vole en éclats. Les mineurs qui subissent l’angoisse de la situation carcérale trouvent un exutoire à celle-ci pendant les temps collectifs en s’engouffrant dans des rapports de violence. La massivité de ces temps et le caractère obligatoire des activités décuplent ces phénomènes de groupe. Ceux-ci sont amplifiés par la prégnance du système disciplinaire carcéral qui ne permet ni la parole libre, ni les espaces de négociation. La présence d’éducateurs PJJ ne changera rien à cette affaire. C’est sur la base de constats semblables que, dans le passé, de tels établissements ont été définitivement fermés, que les éducateurs de la PJJ sont sortis des prisons et que le suivi des mineurs incarcérés a été organisé de l’extérieur. Plutôt que de s’engager dans cette voie, le directeur de la PJJ persiste à défendre coûte que coûte les priorités gouvernementales et renvoie l’explication de l’inacceptable au manque d’expérience et de savoir faire des professionnels de l’EPM. Ce décès ne peut être de la seule responsabilité de l’administration pénitentiaire, il est aussi de la responsabilité de la direction de la PJJ. La question de l’existence des EPM, de ce qui s’y fait et de ce qui s’y passe, concerne aussi chaque professionnel de la PJJ. Au moment où le rapport de la Défenseure des Enfants souligne l’absence totale de prévention en matière de suicide des adolescents, il est révoltant de voir attribuer autant de moyens à de nouvelles prisons au détriment de toutes les mesures éducatives qui peuvent contribuer à cette prévention.

 Le SNPES-PJJ continue de dénoncer :

 * le leurre d’une action éducative en prison alors que la logique carcérale s’impose à toute autre logique comme viennent de l’illustrer les deux évasions récentes de l’EPM de Marseille.
 * l’imposture destinée à faire croire à l’opinion publique que les EPM sont des lieux éducatifs privilégiés pour la réinsertion des adolescents en difficulté.
 * une politique répressive qui place l’incarcération au cœur de la réponse aux passages à l’acte des adolescents.
 * le véritable gâchis financier et humain que constituent les EPM.

 C’est pourquoi, il appelle à continuer la mobilisation contre ces structures, à rejoindre les collectifs anti-EPM, les réseaux de lutte contre les lois sécuritaires pour obtenir leur fermeture.

 D’ores et déjà, le SNPES exige une audience auprès du directeur de la PJJ.

 Il appelle les personnels de la PJJ à participer à toutes les mobilisations et en particulier :

 * à la manifestation régionale, samedi 9 février 2008 à 15h30, de la mairie de Meyzieu (69) à la prison pour mineurs.
 * au rassemblement, samedi 16 février 2008 à 14 heures, salle Kergomard à Limay Porcheville (78) où un 6ème EPM devrait ouvrir en mars 2008.

Groupe Départemental 44
Revue L’Emancipation Syndicale & Pédagogique
Emancipation Tendance intersyndicale
c/o FSU – 8 place de la Gare de l’Etat
44276 Nantes cédex 2

Communiqué du SNPES PJJ/FSU, Syndicat National des Personnels de l’Education et du Social


 Paris, le 8/02/2008


Vive les mutineries dans les prisons pour mineurs, à porcheville et ailleurs !

Mutinerie : tumulte de mécontents, action collective de rébellion

Dans la nuit du 26 au 27 avril, six jeunes détenus sur les treize incarcérés au sein de l’EPM de Porcheville (Yvelines), ont dégradé leurs cellules, quinze jours seulement après l’ouverture du centre de détention. Le lundi 18 juin 2007, c’était à Meyzieu ; et le samedi 7 & le dimanche 8 juillet 2007, à Lavaur.

Fugues, sabotages, incendies, affrontements avec les surveillants, cris aux fenêtres, etc. Souvent étouffés, ces actes d’insoumission sont plus généralement utilisés afin de justifier des mesures de plus en plus coercitives. A Meyzieu, les 4 mineurs se sont fait massacrés par les ERIS et ont pris 7 mois fermes. A Porcheville, les mutins sont retournés en quartiers pour mineurs. Comme dans toutes les autres prisons, ceux qui luttent subissent les mêmes sanctions : transferts, tabassages, mitard. Rappelons que fin janvier, l’administration pénitentiaire de Meyzieu a laissé un jeune détenu se suicider au mitard, où on l’avait enfermé parce qu’il avait mis le feu à sa cellule.

En 2004, Le gouvernement avait annoncé la construction de 7 « établissements pénitentiaires pour mineurs » de 13 à 18 ans. Ils étaient censés offrir 420 nouvelles places d’incarcération s’ajoutant aux 850 existantes dans les quartiers pour mineurs des prisons. Ce renouveau des structures d’enfermement des mineurs s’inscrit dans un renforcement sécuritaire généralisé : création de nouveaux délits et abaissement de la responsabilité pénale pour les mineurs, peines plancher et rétention de sûreté, généralisation du fichage ADN et de la vidéosurveillance, du contrôle biométrique dans les écoles, harcèlement constant de la BAC dans les quartiers populaires et rafles d’étrangers dans les villes… Tout cela se mettant en oeuvre avec une pression industrielle énorme puisque bon nombre d’entreprises misent aujourd’hui leur essor économique sur l’écoulement de produits high-tech de contrôle social. En plein boom depuis septembre 2001, omniprésente à la télé et au centre de tous les enjeux politiques, la propagande sécuritaire déchaîne la peur des autres et cherche à soumettre à la domination économique et sociale. Il s’agit maintenant pour l’État de désigner des délinquants dès le plus jeune âge et de les punir. L’objectif est de mater les classes défavorisées.

Comptant sur un oubli du bilan désastreux des bagnes pour enfants et autres formes d’enfermement du passé, l’État voudrait convaincre du bien fondé et de la modernité des EPM. Du ministre, aux éducateurs en passant par les éducateurs, tous déclarent que : « ce n’est vraiment pas une prison répressive mais une prison de réinsertion ». Ce qui est sûr, c’est que chaque « adulte » possède et utilise quotidiennement les trousseaux de clés qui enferment les détenus dans leur cellule. Cellule, coursive, psychiatre, cellule, cours scolaires, matons, salle de sport, « éducateurs » en mal d’autorité, parloir, barreaux, juges, mur d’enceinte, béton, cellule, cellule, cellule… Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de miradors, mais un panier de baskets, qu’il y a des salles de classes et une salle de vie, que les cellules donnent sur un carré de verdure, que la prison comme lieu d’enfermement disparaît. Existent-ils comme à Fresnes des lignes au sol pour marcher en ligne, ou bien des couleurs pastelles au mur des cellules pour mieux rappeler l’infantilisation des détenus ?

Souvent la prison est un lieu opaque, de ces espaces où il est difficile de s’imaginer à quel point se réalise une utopie du contrôle et de la discipline. Des plans de chantier d’une prison pour mineurs ont été diffusés sur Internet , puis ensuite repris dans un dossier d’information. La diffusion de ces plans permet de « soutenir et documenter toute critique, toute lutte s’attaquant au système carcéral. », parce qu’ils illustrent et montrent comme s’organise l’espace d’une prison.


D’ailleurs, il est important de rappeler que des personnes sont actuellement incarcérées et sous instruction anti-terroriste depuis près de quatre mois, notamment parce qu’elles avaient parmi d’autres choses des plans de la prison de Porcheville. Les flics n’ont pas hésité à faire de ces plans un secret d’Etat, et de leurs détenteurs des méchants terroristes ; alors même que la directrice de l’EPM de Porcheville dédramatisait la situation dans le Parisien du 28 février 2008 : « Les plans retrouvés chez les anarchistes n’ont rien de secret et se trouvent, avec un peu de recherche, sur Internet ».


C’est pourquoi, en solidarité avec ces deux personnes en prison, et surtout pour nourrir la lutte contre les prisons pour mineurs, il est intéressant de diffuser les plans de chantier disponibles sur Internet, le dossier de presse Pour en finir avec les prisons pour mineurs, de relayer les actes d’insoumission des détenus et de multiplier les actions contre ces structures d’enfermement.

Face aux prisons, construisons des solidarités et des insoumissions

A bas tous les enfermements.

Liberté pour tous les prisonniers.

Indymedia Nantes, 10 mai 2008.